Etude et Explication du chapitre "Hoben"

du Sutra du Lotus

 

 

 

 

 

supports livresques:

 

- le kyobon, livre de pratique de Nichiren Daishonin (cf. lien "chapitre Hoben")

- le livre de Jean Noel Robert " Le Sutra du Lotus" aux éditions Fayard

 

 

 

 

 

                             Il s'agit ici de donner un éclairage sur le chapitre que tous pratiquants du Bouddhisme de Nichiren Daishonin lit chaque jour lors de sa pratique.

 

 

« Le prologue » précède « Les expédients salvifiques » car il introduit le chapitre II, il pose les décors, les lieux, les acteurs et l’intention de ce rassemblement. Au début de ce chapitre est décrit une vaste assemblée composée de Boddhisatva, d’êtres d’éveil, de dieux, d’humains et non humains réunis au pic du vautour puis il est rapporté que le Bouddha expose le sutra aux sens innombrables puis il rentre en recueillement, immobile en corps et en pensée.

« Les expédients salvifiques » est le chapitre le plus long du Sutra du Lotus. "Expédient" voulant dire, qui convient pour la circonstance, opportun, utile et « salvifique », qui sauve, qui se réfère à la religion. « les Moyens » c’est la traduction de « Hoben », le titre du chapitre, « Ho « : faire, et « Ben » : pratique, donc un procédé qui sert pour arriver à une fin. Le chapitre s’articule autour de la prose, reprise par les stances en vers. Les derniers vers, très longs ne sont pas récités dans la pratique que nous faisons.

Ce chapitre s'articule autour de la notion suivante : ouvrir les trois véhicules pour révéler l’unique véhicule. L’enseignement de la loi pour les trois véhicules n’a été qu’un moyen destiné à conduire au véhicule unique. Les enseignements n’étaient que des moyens et doivent être abandonnés pour se diriger vers le véritable Dharma.

 

Comme le chapitre des mérites, on entre dans des descriptions très imagées, et nous avons la, une vision en dehors de l’espace et du temps. Cette vision amène toute la foule a un certain éveil et le Bouddha Manjuçri  est interrogé par Maitreya qui lui demande ce qui se passe et il va répondre que lui-même, sous le nom d’être éveil lumière sublime a été  dans un passé lointain, présent a une même assemblée, avec la même vision et que l’éveillé luminaire de soleil et de lune a exposé le livre du grand véhicule intitulé « la fleur de Lotus de la loi sublime ». Le Sutra du Lotus a donc déjà été exposé, et le chapitre 2 commence quand Shakyamuni sort de sa concentration pour s’adresser à cet auditoire.

 
Selon le Révérend Raido Hirota, spécialiste de la liturgie,  la manière normale de couper ce chapitre est de deux parties essentielles. La 1ère partie s’arrêterait à la p. 74 du livre de Jean Noel Robert, à la fin de la partie en vers: « Ceux-ci, à entendre cette loi, concevront une grande joie ».  A ce moment la, commence la partie développée « Alors le Vénéré du monde annonça à Câriputra.. » Dans la 1ère partie il y a cet échange entre le Bouddha et Shariputra qui presse le Bouddha de dire cette chose si importante dont il a parlé de façon extrêmement énigmatique lorsqu’il est sorti de sa méditation. Cependant, le Bouddha résiste et la 2ème partie commence dans la partie détaillée, p. 74, lorsque le Bouddha dit: « Voila trois fois que tu me le demandes avec insistance, comment pourrais je ne pas prêcher ? Écoute à présent avec lucidité, réfléchis-y bien, je vais pour toi m’expliquer avec discernement ».

 

Dans la 1ère partie il y a une sorte de dramaturgie entre le Bouddha qui a de bonnes raisons de refuser et Shariputra qui ne cesse de le harceler, et pour revenir a l’explication que donne Hirota, le point culminant de cette partie, d’un point de vue philosophique, c’est l’exposé des 10 Ainsi qui se termine par la phrase "Nyo ze hon mak ku kyo to" et le reste n’est pas tellement philosophique mais plutôt théâtral. Puis , le point culminant dans la 2ème partie, c’est lorsque les 5000 « orgueilleux » quittent le terrain. Quand le bouddha dit qu’il va dire ce qui se passe, d’un coup, 5000 personnes se lèvent et partent, ceci est riche d’enseignement car ce n'est que quand les 5000 s’en vont que finalement, le Bouddha prend vraiment la parole alors qu’avant dans la partie abrégée, les choses n'étaient qu’évoquées mais pas dites. Et ce que le Bouddha va dire est annonciateur de la 2ème moitié du Lotus, c’est pourquoi ce chapitre est extrêmement important, parce qu’il est considéré comme l’introduction au 16ème chapitre et c’est pour ça aussi qu’il est important d’aller jusqu’au bout de ce que le Bouddha a, à dire, c’est à dire jusqu'à " Yui ichi butsu jo": "il n'est pas d'autre véhicule, seulement l'unique véhicule de Eveillé". (p. 78)

 

La p. 74 du livre de J.N. Robert fait référence à la p.25 du kyobon et c’est la 2ème ligne qui commence par "Soku sho dai kan gi", " kan gi " : joie, dai kan gi " : grande joie, et " soku " : a ce moment là, " sho " : il s’exprime une grande joie. Ceci est la fin de la 1ère partie sommaire. Apres nous  avons " Ni ji se son " , " ni ji " : à ce moment la, " se son " : le vénéré du monde, " Go " : s’adressa, " Shari-hotsu " : a Shariputra, " Nyo i on gon san cho "" nyo " : c’est toi, " i " :déjà, " on gon " :  avoir osé,  donc « tu as insisté par 3 demandes » et ensuite il va parler et expliquer qu’il ne peut plus se taire. 

Il y a trois moments dans le chapitre Hoben : le 1er fait partie de la partie sommaire ou le Bouddha révèle qu’il existe une loi supérieure et un 2ème moment ou Shariputra insiste par 3 fois pour que le Bouddha expose la loi et dans la partie développée, le bouddha énonce qu’il y a pas 3 véhicules mais un seul.

 

Dans la partie abrégée, des le début du chapitre, le Bouddha va prendre la parole et dans le kyobon, ça va de la p.1 a la p.13. Il émerge de sa grande concentration et s’adresse à Shariputra, considéré comme l’un des 10 plus grands disciples du bouddha pour sa sagesse. Le Bouddha le choisit dans ce chapitre comme interlocuteur pour lui parler de la sagesse des Bouddhas. Devenu très jeune le disciple de Shakyamuni, Shariputra est l’interlocuteur favori du Bouddha, bien sur il y a eu d’autres disciples mais de par leur complicité, et l’intelligence de ce dernier, on peut penser que Shariputra est le disciple qui a su comprendre au mieux le Bouddha.

 

Il démarre très fort en disant qu’il existe une loi plus profonde et que seuls les autres Bouddhas peuvent appréhender: " La sagesse des Eveillés est fort profonde, incommensurable ; difficile à comprendre, difficile à pénétrer est la porte de leur sagesse. Les auditeurs et les éveillés pour soi, tous tant qu’ils sont, ne peuvent en avoir connaissance " (p.67).

Dans le kyobon, 2ème ligne p.1 : " Sho but chi e. Jin jin mu ryo. Go chi e mon. Nan ge nan nyu. Is sai sho mon. Hyaku shi butsu. Sho fu no chi " . "sho butsu" : la sagesse des multiples bouddhas, " jin jin " : le 1er " jin " : extrêmement, le 2ème : profond, " mu ryo " : immesurable, " go chi e mon " : le portail de leur sagesse, " nan ge nan nyu " : est difficile a comprendre, " nan nyu " : c’est pénétrer, entrer, difficile a pénétrer. Puis, il lui dit " is sai " : la totalité, " sho mon " : des auditeurs et des " hyaku shi butsu " : éveillés solitaires (le 8ème monde), " sho fu no chi " : ne peuvent le concevoir, le  savoir, puis on a " sho i sha ga " : pourquoi cela.

 

Il explique après que sa sagesse a été acquise en pratiquant d’innombrables méthodes jusqu’à leur terme et qu’il possède des moyens infinis pour adapter ses enseignements aux hommes. Il revient sur cette sagesse qu’il nomme « savoir et vision » sans limites, qu’il peut utiliser car lui-même les (savoir et vision) les a menés a bien. Après s’être adressé en ces termes, on imagine que l’auditoire est déstabilisé car d’un coté il dit qu’ils ne peuvent pas la comprendre et en même temps il explique sa grande capacité à enseigner aux hommes puisque sa sagesse est profonde. On peut penser que c’est un moyen habile pour éveiller la curiosité de son auditoire et en plus le Bouddha s’adresse à Shariputra qui est le premier en sagesse.

 

Ensuite le Bouddha termine cette partie par: " seul un Eveillé peut avec un autre Eveillé scruter jusqu’au bout l’aspect réel des entités, ce qui veut dire, pour les entités: ainsi est leur aspect (so), ainsi est leur nature (sho), ainsi est leur substance (tai),  ainsi est leur puissance (riki), ainsi est leur action (sa), ainsi est leur cause (in), ainsi est leur condition (en), ainsi est leur fruit (ka), ainsi est leur rétribution (ho), ainsi est leur égalité parachevée du début à la fin ". (p.68) et p.4 du kyobon : " Yui butsu yo butsu "" Yui ":c’est seulement, " butsu ": c’est bouddha et " yo ": c’est et, ce n’est qu’un bouddha et un bouddha. Le Bouddha dit que ce n’est communicable que de Bouddha à Bouddha. Il s’adresse à son auditoire en donnant la notion des 10 ainsi en disant que le monde apparaît comme étant un aspect. Il dit que pour tous les Dharma " Sho ho jis so ", l’aspect réel de tous les Dharmas il est ainsi car " ainsi est son aspect… " mais que met on dans le mot " ainsi "?.. Cette partie que l’on nomme la partie abrégée, c’est évocateur mais qui ne dit pas ce dont on parle et il procède plus par énigmes que par assertions. Les 10 Nyose s’inscrivent dans la " une pensée 3000 ", la présence mutuelle des 10 mondes, des 10 Ainsi et des 3 domaines. Mais il est vrai que cette notion n’est pas reprise dans la partie versifiée. Puis nous avons la partie versifiée ou le Bouddha s’exprime en ses stances.

 

P.69 : " La multitude des fils d’Eveillé qui ont auparavant fait offrande aux Eveillés, qui ont mis un terme a toutes leurs infections, qui demeurent en leur ultime corps, des hommes tels que ceux la n’ont pas la force de la supporter ". Dans le kyobon p.8 : " Kai nyo Shari-hotsu ": tous semblables, comparables a, le dialogue entre Shariputra et le Bouddha est un dialogue assez fort parce  que nous et le Bouddha savons que Shariputra est l’homme le plus intelligent, et c’est lui, l’homme le plus intelligent qui demande au Bouddha d’enseigner cette chose dont le Bouddha vient de parler mais de manière allusive. Cependant, le Bouddha lui dit qu’il ne comprendra pas et ceci est extrêmement déstabilisant pour le nommé Shariputra qui ne lâche pas le morceau et va amener des arguments plus pertinents. 

 

Un autre moment fort du chapitre c’est quand Shariputra insiste par 3 fois pour que le Bouddha expose la loi et ça va de la p.71 à 74 dans le livre de Robert et dans le kyobon, de la p.13, 3ème ligne à la p.27: " Ni ji dai shu chu ", " Ni ji " : a ce moment là, " dai shu " : dans la grande assemblée, " chu " c’est dans.

A la 2ère ligne de la p.27, nous voyons apparaître le mot " myo ho ": la loi merveilleuse, " Butsu go Shari-hotsu. Nyo ze myo ho ".

 

 

 

 

Jusqu'à présent, les enseignements de Bouddha étaient adaptés a la recherche de chacun, et les sutras enseignés sont appelés les 80.000 corbeilles de la loi et selon le contenu de ces sutras, ils sont classés en 3 catégories :

 

1- il y a les sutras qui enseignent, c'est-à-dire, la loi adaptée selon les 4 vérités qui sauvent les hommes des 4 fléaux (naissance, vieillesse, maladie et mort) pour ceux qui recherchent l’état d’auditeur.

 - la loi adaptée selon les 12 liens causaux pour ceux qui recherchent l’état d’éveillé pour soi (7ème et 8ème monde). Ces 2 notions font partie du petit véhicule.

2- ensuite on a les sutras qui enseignent la loi adaptée selon les 6 perfections, pour ceux qui cherchent a accomplir l’éveil complet et parfait (9ème monde des Boddhisatva)

3- et le sutra qui enseigne pour devenir Bouddha.

 

Le 1er groupe est constitué des sutras du petit véhicule, le 2ème c’est le grand véhicule, la loi adaptée selon les 6 perfections et le 3ème c’est le sutra du Lotus. Pour les auditeurs, c’est l’enseignement des 4 vérités, pour les éveillés pour soi, c’est les 12 liens causaux, et pour les boddhisatva, c’est les 6 perfections, et le Sutra du Lotus pour devenir Bouddha.

Quand le Bouddha prend la parole, il rompt avec cette tradition et du coup, l’auditoire est dans le doute et ne comprend pas le message de ce dernier qui en plus souligne le fait que cet enseignement supérieur n’est compréhensible que par un autre Bouddha et nous ne sommes plus dans une approche adaptée aux dispositions de chacun. Shariputra va se faire le porte parole de l’auditoire et ça va de la p.13 à 20 du kyobon, ou il y fait 3 demandes et a chaque demande, son argumentation évolue.

 

- A la première demande , (p.71), Shariputra se fait le porte parole, car tous sont dans le doute et demande au Bouddha d’exposer la loi:" A ce moment, Câriputra, connaissant les doutes que nourrissaient dans leur cœur les quatre congrégations, et qui n’avait pas encore compris lui-même, s’adressa en ces termes à l’Eveillé " :  et cette phrase (" n’avait pas encore compris ") on ne le retrouve que dans la 1ère demande. Dans le kyobon, p.14, 7eme ligne: " Ni ji Shari-hotsu " : a ce moment la, Sharihotsu, " Chi shi shu shin gi ", " Chi " : connaissant, " shi " : le chiffre 4, " shu " :l’assemblée, " shin " : le cœur, " gi " : les doutes,  sachant que le cœur des assemblées était dans le doute. " Ji yaku mi ryo ", " Ji " : soi même, " yaku " : aussi, en plus, " mi ryo " : lui-même n’avait pas encore compris. " Ni byaku butsu gon " : et s’adressa au Bouddha. Donc, l’argument de Shariputra est le doute, il va y avoir un 1er refus du Bouddha, p.20 ( de la 4ème a la 7ème ligne) et l’argument du Bouddha c’est : " si je l’expose, les dieux et les hommes ne feraient que s’étonner et douter ".

 

- Seconde demande de Shariputra p.20 a la p.21 (p.73) et va mettre en avant tous les arguments que le bouddha a exprimé au début a savoir que tous les êtres présents ont déjà vus des éveillés et ont la capacité de croire et de comprendre car au début le Bouddha dit qu’il y a une loi qui surpasse les autres car " moi-même j’ai mené a terme beaucoup de méthodes ". Le bouddha dit qu’il a vu des éveillés et Shariputra aussi. Il dit: " En cette assemblée, d’innombrables, d’incalculables myriades de myriades d’êtres ont déjà vu auparavant des Eveillés, leurs facultés sont terriblement aiguisées, leur sagesse est lucide ; s’ils entendent ce que l’Eveillé a à prêcher, ils pourront alors le croire avec respect. " (p.73)

La, nous ne sommes plus dans les doutes de l’assemblée, Shariputra reprend les arguments du Bouddha qui  refuse a nouveau en réitérant le même argument en rajoutant le mot " titan " et que le doute sera plus fort que la croyance.

 

- Troisième demande de Shariputra (p.22, 9ème ligne du kyobon) qui se met en avant  (p.74) :  "A présent, il s’en trouve en cette assemblée qui, comparables a moi, ont par myriades de myriades reçu auparavant au cours des âges l’action salvifique d’un Eveillé. " Ce serait donc dévaloriser ces éveillés qui ne sont pas le bouddha Shakyamuni mais qui sont des bouddhas tout comme lui, que dire que ces personnes qui ont été les disciples d’autres bouddhas ne peuvent pas entendre cette loi. Par les vers qui suivent, nous apprenons que l’éveillé a déjà sauvé des êtres : " L’Eveillé a déjà au cours des âges sauvé de tels êtres par son enseignement; " (p.74)

Dans le kyobon, p.23 mais juste avant, Shariputra répète souvent la même formule " Yui gan ses shi " , " yui " : uniquement, " gan " :prier, " ses " :expliquer, " shi " :cela, je n’ai que le vœu d’entendre votre explication. Donc, en haut de la p.23 : " Kon shi e chu " : " chu " : dedans, " e " : assemblée, " kon shi " : maintenant dans cette assemblée. " Nyo ga to bi " : " nyo " : comparable a, " ga " ; je, " to " : équivalent, "bi": comparé, exactement comparable et équivalent a moi, " Hyaku sen man noku " : " hyaku ": c'est 100, " sen ": c'est 1000, " man ": c'est 10000 donc, 100 x 1000 x 10000= 100 millions, " Se se i zo " : " se " : un monde, au fil des époques, " i zo " : ils ont déjà rencontré, " Ju butsu ju ke " : " butsu " : de la part de Bouddha, " ju ke " : ils ont reçu la conversion mais ça peut aussi vouloir dire, la manière dont un maître peut changer un disciple.  

 

Ce chapitre est important car il est l’introduction au 16eme. A la 3ème demande que  fait Shariputra (p.25, 3ème ligne jusqu’à la p.27) le Bouddha accède à sa demande et au moment ou le Bouddha va exposer son enseignement, 5000 personnes se lèvent et partent. Le Bouddha les laisse faire et va même jusqu’à dire: " Il n’y a plus désormais dans la multitude qui m’entoure  de branches ni de feuilles, mais uniquement un pur noyau. " (p.75), et la commence la 2ème partie qui est la façon développée d’ouvrir les 3 véhicules pour révéler l’unique car dans la 1ère partie, ses enseignements n’ont été qu’un moyen et dans cette 2ème partie, il va demander d’abandonner ces moyens. Et dans les demandes de Shariputra, c’est ça aussi qui est expliqué, c’est a dire, croire qu’il y a une loi supérieure aux autres et qui ne peut se dire. La, nous rentrons dans la 2ème partie ou il n’y a pas 3 mais un seul véhicule unique.

Juste un mot sur les 5000 qui quittent les lieux, on se demande alors pourquoi ils quittent le lieu, nous ne savons pas grand-chose sur leurs motivations mais on dit que leur nature est viciée, ce que nous savons est le jugement que porte le Bouddha sur eux, a savoir que ce sont des gens qui prétendent savoir mais qui ne savent pas et les actes qui ont marqué ces personnes en ont fait des personnes mauvaises : " Il s’agissait d’une troupe d’êtres aux racines de crime profondes et graves, d’outrecuidants "(p.74) et prétendent avoir ce qu’ils n’ont pas. Dans la partie en vers, c’est un peu plus détaillé, suivant les groupes, on distingue les défauts de ceux la: " Certains moines et moniales recèlent en eux de l’outrecuidance, de pieux laïcs, l’orgueil, de pieuses laïques, l’incrédulité; "(p.78). Les religieux sont des outrecuidants, les laïcs sont des orgueilleux et les femmes sont des personnes qui ne croient pas, " Ils ne perçoivent pas leurs propres fautes, ils sont en leur moralité viciés et infectés, ils gardent précieusement leurs défauts et leurs tares. " (p.78). Le Bouddhisme est encore une fois pas tendre envers les religieux. " De par leur peu de mérites ils ne supportent pas de recevoir cette Loi. " (p.78) Ils ont trop peu de mérites pour recevoir la Loi.

P.77 : "... ces moines et moniales qui s’imaginent avoir acquis l’état de Méritants, être dans leur ultime existence, " celle après laquelle on ne revient plus dans la métempsychose, « avoir parachevé l’Extinction, et qui ne recherchent pas résolument, au delà, l’Eveil complet et parfait sans supérieur", " A noku ta ra san myaku san bo dai " (p.35), " ce sont tous, sache le bien, un rassemblement d’outrecuidants. ", même adjectif employé qui désigne les 5000 hommes, " Pourquoi cela ? S’il se trouvait des moines qui, ayant réellement obtenu l’état de Méritants, ne croiraient pas à cet enseignement, cela serait tout bonnement impossible, à moins que l’Eveillé ne fût passé dans l’Extinction ou qu’il ne fût pas encore apparu. » Et ça continue p.78.  Si c’était des vrais auditeurs, comme Shariputra qui va entendre l’enseignement et qui va se voir qualifier la prédiction de devenir un Bouddha car lui est un véritable auditeur, ils ne réagiraient pas ainsi, ils ne sont pas des auditeurs mais des outrecuidants qui pensent que maintenant ce que va dire le Bouddha, ils le savent déjà. Le Bouddha est très dur avec les mauvais moines car ce sont eux qui détruiront la loi bouddhique et ce qui l’oppose a leur départ, ce n’est que son silence.

 

Le Bouddha va donc s’adresser a Shariputra, p.27 du kyobon (2ème ligne) " Butsu go Shari-hotsu. Nyo ze myo ho. ", " L'Eveillé annonça a çâriputra : Une telle loi sublime, "…p.75, au moment ou les 5000 personnes partent, le Bouddha expose la pratique personnelle, c'est-à-dire, qu’il ne s’agit pas d’un enseignement adapté a autrui mais du sutra qui révèle l’objectif fondamental du Bouddha, fondé sur sa propre sagesse.

Il révèle pourquoi les Bouddhas viennent au monde, pour révéler cette loi et il en parle en fonction de sa propre sagesse et pas en fonction de son auditoire.

Il dit que la loi est prêchée en son temps (p.75), que les disciples sont prêts et il explique que la venue des éveillés en ce monde c’est la grande et unique raison de permettre à tous les êtres de parvenir au même éveil que lui-même a obtenu et pour ça il dit: " C’est que les Eveillés Vénérés du monde n’apparaissent au monde qu’en raison d’une unique grande œuvre. "….  "C’est parce que les Eveillés Vénérés du monde veulent  ouvrir les êtres au savoir et à la vision d’Eveillé et leur faire acquérir la pureté qu’ils apparaissent au monde. " Donc, ouvrir, montrer, faire comprendre et faire pénétrer. Dans le kyobon, p.28, 3ème ligne : " Sho i sha ga. Sho bus se son. " : et pourquoi donc cela, " sho " c’est le  pluriel, " bus " c’est bouddha, " se son ", les vénérés du monde, " Yui i ichi dai ji in nen ko ", " ko " étant la cause, une noble cause, c’est parce que " yui " seulement, " ichi " (un) "dai" (grand) "ji" (une chose, oeuvre) , " in nen ", c’est en vertu d’une unique grande œuvre, qu’ils apparaissent au monde. " Sho i sha ga. Sho bus se son. Yui i ichi dai ji in nen ko. Shutsu gen no se.": "comment cela se fait il? C’est que les Eveillés Vénérés du monde n’apparaissent au monde qu’en raison d’une unique grande œuvre. "

" Un ga myo ": peut être qualifié.

" C’est parce que les Eveillés Vénérés du monde veulent ouvrir ", " Sho bus se son. Yoku ryo shu jo. Kai but chi ken ", " kai ", c’est ouvrir, " but chi ken ", le savoir et la vision. On entend aussi très souvent " Shutsu gen no se ": qu’ils apparaissent au monde. Il y a donc une graduation, entre plusieurs verbes, le premier c’est " Kai " : ouvrir, action que l’on fait faire, il veut que s’ouvre chez les êtres le désir d’entendre la Loi, c’est l’action du Bouddha sur les êtres.

P. 29 du kyobon : " Yoku ji shu jo. But chi ken ko. Shutsu gen no se "" yoku ", il veut, " ji ", c’est montrer, " shu jo ", aux êtres, " but chi ken ko ", la vision et le savoir d’éveillé. C’est plus actif, c’est la seule action entreprise par le Bouddha mais après toutes les choses qui seront dites seront du « faire faire », traduit ici par " ryo ". " Yoku ryo shu jo ", parce qu’ils veulent faire que les êtres, " Go but chi ken ko ", " go " c’est le même terme que l’on peut prononcer par " satori " en japonais, qui signifie l’éveil, les êtres s’éveillent a la vision et a la connaissance de l’éveillé, qu’ils apparaissent au monde.

" Nyu but chi ken do ko ", “do”, la voie, parce qu’ils veulent que les êtres pénètrent dans la voie de la vision et de la sagesse d’éveillé. Donc, on a,  faire ouvrir, montrer, faire s’éveiller et faire entrer dans la voie. Il faut ouvrir une disposition chez la personne avant de montrer car on peut montrer, mais la personne ne verra pas. Apres avoir montré, la personne s’éveille et ensuite, le plus important, elle entre dans la voie.


Le Bouddha expose le fait que les enseignements constituent tous l’unique véhicule d’éveillé et qu’il y a qu’un seul véhicule que prêche le Bouddha, que les enseignements antérieurs n’étaient que des moyens pour montrer, faire comprendre et faire pénétrer les êtres car ils ont maints désirs et attachements mais qu’en fait il n’y avait qu’un seul véhicule. Dans la partie versifiée, il se pose la question de prêcher cette loi, il a tout un questionnement par rapport a ça, il se demande comment faire car il se dit que personne ne va le croire mais il se dit aussi qu’il y a eu des éveillés qui ont utilisé des expédients pour faire entendre cette loi et il va lui aussi utiliser des moyens.  Il n’est pas facile pour l’auditoire d’abandonner l’idée que les moyens étaient une fin en soi car ils avançaient en fonction de leurs désirs et de leur attachement. Il dit que les Bouddhas apparaissent dans des âges mauvais, marqués des 5 afflictions : l’affliction de l’âge cosmique, l'affliction des passions, l'affliction des êtres, l'affliction des vues, l'affliction de la durée de vie (p.77).

Page 33 du kyobon , en bas: " Go joku aku se. Sho i ko joku. Bon no joku. Shu jo joku. Ken joku. Myo joku." : " joku"  traduit ici par afflictions, c’est aussi traduit par souillure, quelque chose qui salit.

Les 3 véhicules doivent donc être abandonnés, le Bouddha incite à rechercher l’éveil complet,  ceux qui ne veulent pas, ne sont pas des auditeurs ou des éveillés pour soi. Dans la dernière partie versifiée, nous avons  ceci :

 

«, à l’intention des diverses classes d’êtres, nous distinguons en notre prédication trois véhicules; Ceux de peu de sagesse se délectent d’une Loi mineure, sans croire qu’eux-mêmes deviendront Eveillés; aussi, à l’aide des expédients, distinguons-nous, en nos prédications, les multiples fruits; mais, même si nous prêchons trois véhicules, c’est seulement pour enseigner les êtres d’Eveil. » (p.88).

 

Le chapitre se termine par une phrase que nous lisons lors de notre pratique qui est « Il n’est pas d’autre véhicule, seulement l’unique véhicule d’Eveillé. » (p.78) qui se trouve à la p.36 du kyobon: " Yui ichi butsu jo ":  il n’est que le véhicule unique du Bouddha.

 Quand on fait le Gongyo, il y a une progression continue. On récite Hoben en terminant par " Yui ichi butsu jo ", ensuite,  on enchaîne par  "Myo ho ren ge kyo. Nyo rai ju ryo hon. Dai ju roku. Ni ji butsu go. "  Du coup, ce " ichi butsu jo " devient le chapitre 16. " Nyo rai ", ainsi venu, " juryo ", " ryo " c’est mesurer, " ju " c’est la longévité donc, c’est la mesure de la longévité, " hon ", c’est le chapitre, donc c’est la mesure du temps de la vie d’existence de l’ainsi venu. Ce véhicule unique du Bouddha devient le chapitre 16 et en récitant ainsi sans faire de coupures, on comprend bien que ce 16ème chapitre est le véhicule unique du Bouddha et on restitue ce que tous les auteurs du Bouddhisme reconnaissent, c’est à dire ce rôle très important du 2ème chapitre comme étant dans la 1ère moitié du Lotus le reflet du 16ème chapitre. A l’inverse, si on s’arrête a " Nyo ze hon mak ku kyo to " on a perdu cette continuité et il n’y a pas de signification forte.

En fait, si on fait la liturgie idéale, on récite Hoben en entier, puis Juryo, et a la fin on termine par " Soku jo ju bus shin ":  acquérir sans tarder un corps de Bouddha, " soku ", sans tarder et on commence a réciter Nam myoho renge kyo.

Notons, par ailleurs, que le 1er terme du chapitre Hoben (après le titre et "Ho ben pon. Dai ni.")  est " Ni " de " Ni ji " et le dernier est " jo " qui, a eux deux signifient " ce véhicule ". " Ni ji " commence aussi le chapitre 16 et remarquons que le terme de la partie Jigage, " Ji ", de " Ji ga toku bur rai " (p.54) et le dernier terme de cette même partie, " Soku jo ju bus shin ", " shin " (p.63), forment à eux deux, le terme " Ji shin ", " ji " : soi même, " shin " : soi même. On voit au fur et à mesure qu’on intègre le sutra, le Bouddha qui est en soi : Ji shin, les 2 caractères forment ainsi un cercle du début à la fin de ce " jigage ". Ainsi, le Bouddha n’est pas celui qu’on croit, c’est soi même.

 

 

 

N.B: Dans les analyses de l’ecole Tientai reprises par Nichiren, le chapitre Hoben c’est le chapitre ou se passe " kai san ken itsu ", ouvrir (kai) les 3, et révéler (ken) l’unique (itsu). On trouve aussi une autre formule, " e san ki itsu "" e " : réunir, " san " :c’est toujours 3 et  " ki " c’est revenir, prendre, " itsu ": l’unique. Du coup, a la place d’ouvrir les 3, chacun des 3, pour révéler qu’il y avait que le véhicule unique du Bouddha et qu’il ne faut pas s’en tenir a l’apparence, on dit " e san ", réunir les 3, avec les 3 n’en faire qu’un seul et restituer cela a l’unique. On voit bien que l’on a deux éclairages différents sur cette notion, ou bien il y a « ouvrir » chacun des 3 et ce qu’il y avait réellement c’est le véhicule unique et on a pensé que les 3 véhicules étaient des véhicules différents en disant qu’il y avait que le véhicule unique du Bouddha et les étapes que représentent le fait d’être un auditeur ou boddhisatva par exemple ne sont pas des vrais étapes (uniquement données aux hommes pour les faire progresser) et dans l’autre sens, on prend les enseignements des auditeurs, boddhisatva etc. on les met ensemble et mutuellement, ils s’harmonisent et les différences qu’il y avait dans ces choses la se minimisent, et elles finissent par devenir compatibles alors que de prime abord, elles ne l’étaient pas et le résultat de tout ça c’est ce qu’on rend pour faire le véhicule unique.

 

 

Auteur: Alain Gouvret